Depuis la loi PACTE, nombre d’entreprises du CAC 40 se sont converties en entreprises à mission, avec pour objectif de contribuer positivement à la société ou à l’environnement. Au fronton de leur siège social, gravé en lettres d’or, naturellement recyclé et durable, leur ‘raison d’être’ vient annoncer fièrement au monde leur engagement et leurs nouvelles responsabilités vis-à-vis du futur. Un « Que ceci soit écrit et accompli ! » tonitruant des temps modernes.
Mais voici que paradoxalement, alors que claque au vent les étendards vertueux de ces entreprises, les collaborateurs se disent démunis de sens à leur travail. Comment en être étonné ? Auscultons ce qui vient se soustraire au besoin de sens et d’appartenance du corps social : L’accumulation des restructurations et des réorganisations, la mise en œuvre de projets stratégiques toujours plus rapide, les modes managériales, les fusions et les acquisitions qui diluent le plus souvent les cultures d’origine, la digitalisation, les 35 h ou ce qu’il en reste, le télétravail qui éloigne du collectif, …
La quête de la productivité et du rendement financier nous a fait perdre de vue que l’entreprise est avant tout une aventure humaine. Les entreprises sont des constructions humaines qui favorisent et développent ce besoin d’être ensemble.
Le sens précède toujours les échanges économiques, ce qui fait que les hommes coopèrent, non pour l’appât du gain contrairement à une idée largement répandue, mais pour ce qu’ils croient apporter au monde en travaillant ensemble.
Ce faisant, les fondateurs développent une vocation, c’est-à-dire l’explicitation de l’idée transgressive qui les a réunis et qui réunira demain les futurs collaborateurs auxquels l’on demandera de participer. Ils le feront, sans savoir toujours ce que fut la fondation, mais en respectant un règlement implicite fait d’interdits et d’obligations qui en découlent explicitement. Par exemple, le fait que l’un des frères MacDonald ramassait chaque soir les papiers gras abandonnés par les clients sur le parking à introduit l’idée de propreté et d’hygiène comme autant d’obligations dans la culture MacDo. Ne pas s’y conformer c’est se mettre à la marge de l’entreprise.
Chacun d’entre nous sait bien, passés les premiers mois d’acculturation (la période d’essai), ce qu’il convient ou non de faire dans l’entreprise pour être comme les autres, pour en faire partie et être reconnu par les autres comme un membre à part entière. Nous avons vu à l’œuvre, lors de quelques missions, des systèmes d’interdits et d’obligations agissant sur le corps social alors que la fondation des entreprises pouvait avoir plusieurs centaines d’années ! Des collaborateurs œuvraient encore à une idée (une croyance) si ancienne qu’on avait perdu l’origine.
Cette acceptation et cette mise en œuvre du système d’interdits et d’obligations permet l’appartenance et la cohésion sociale. Ce qui regroupe les hommes n’est pas la simple obligation de gagner de quoi payer les factures mais l’obligation de croire en quelque chose fusse simplement la vocation de l’entreprise. Et lorsque l’on fait du salaire son unique motivation il vaut mieux travailler dans une société ‘impériale’ dont l’objectif principal est de maximiser ses bénéfices. La relation entre les parties est alors purement contractuelle. Que l’une de parties ne remplisse pas ses obligations alors elles devront se séparer.
Et comme il n’existe aucune croyance qui vectorise les actions de chacun, l’entreprise ‘impériale’ se trouve dans l’obligation de déployer des processus afin que les acteurs collaborent.
La loi et les procédures remplacent le système d’interdits et d’obligations des entreprises dites ‘entrepreneuriales’. La vocation et le sens des ‘entrepreneuriales’ correspondent pour les ‘impériales’ aux slogans marketing qui agitent l’imaginaire des consommateurs.